Premiers essais de gravures
Médiation culturelle mais aussi contes, fables, poésies, dessins, gravures, peintures, photos attrapés au vol
Faire du lèche-vitrine
Attendre à la gare
Avoir une deuxième valise pour tous les cadeaux
Se coucher tôt
Se coucher tard
Marcher dans les ruelles
Ecouter le chanteur
Regarder la danseuse
Oublier quand on rentre
Ne rien faire
Visiter le plus beau monument de la ville
Prendre des photos (trop)
Lire un livre en entier
Appeler un taxi
Monter dans l’avion
Parler aux inconnus
Regarder les plus beaux mecs
Et les filles les mieux habillées
Comparer avec d’anciens voyages les lieux visités
Reconnaître une odeur celle de l’autre ville
Lever la tête et voir le ciel bleu
Siroter un verre à la terrasse d’un café
Dessiner un visage
Se souvenir du retour
Et toujours repartir
Avant le début du générique, il y a l’interlude.
Seules quelques personnes s’arrêtent et regardent.
Quand la lumière s’éteint vraiment l’interlude est fini.
D’ailleurs il ne reste rien qu’un vague souvenir de musique d’ascenseur et de couleurs pastelles.
Le lendemain tout recommence et il y aura d’autres interludes.
Mais entre-temps, la nuit est agitée.
On ne dort que d’un œil et on repense alors à ce drôle de moment qu’est l’interlude.
L’interlude n’a pas de début ni de fin.
Il a toujours existé.
Il est espace dans le temps et seul celui qui s’y promène y trouve ce peu de choses pour vivre.
L’interlude n’est là que pour donner du temps pour flâner, se perdre et se retrouver, décrire avec le doigt la courbe des montagnes au loin, chanter la vieille chanson qui berce avant la nuit, scruter un vieux journal en quête d’un bon mot, apprêter sa coiffure avant le bal et caresser la main de l’aimé.
Seul l’interlude permet d’imaginer les bateaux partir du port les gens saluant la foule amassée là, de sentir le parfum des dernières fleurs avant l’hiver, de pleurer quand le film est triste et de ne jamais regretter le coucher de soleil.
Voilà à quoi sert l’interlude.
Il recommence maintenant.
« Ohé mon capitaine, venez vite ! » crie le matelot.
Le capitaine ne distingue rien dans le brouillard. Il avance et trouve la danseuse, celle qu’il a aperçue sur le quai l’autre soir, avant que le bateau ne parte.
« Capitaine il faut venir, c’est urgent ! » crie désespérément le matelot.
Le capitaine voit maintenant le matelot comme il s’est avancé.
« J’arrive ! Que se passe-t-il ? »
« Nous avons vu avant le brouillard, un bateau avancer. Nous n’entendons pas la cloche. Nous avons sonné la cloche, mais aucune réponse. »
Quand soudain, une baleine aussi grande que la proue saute au-dessus du bateau.
« Mais nous avons vu un bateau, pas une baleine ! » insiste le matelot.
Eclaboussé violemment par le plongeon de l’animal, le capitaine dit au matelot :
« Continuez à sonner la cloche, avec ce brouillard on ne sait jamais ».
Revenu vers le milieu du bateau à travers la brume intense, le capitaine sent le parfum liquoreux et voit la belle silhouette rouge d’une femme. C’est la danseuse.
« Ne restez pas là dans cette brume, vous allez attraper froid. »
La danseuse pose ses mains sur la rambarde comme une barre pour un exercice appris par cœur depuis des années.
Elle sourit au capitaine et lui prend la main.
Ils esquissent un pas de danse.
La cloche sonnera tant de fois, comme une douce musique, avant le choc avec l’autre bateau.
Atelier d'écriture : Inventer le scénario imaginaire d’un film sur le Titanic.
Personnages principaux : Harry Feldman, directeur de la plus grande banque d’Angleterre. Il veut installer une succursale aux Etats-unis. Il se trouve dans le salon des premières classes. Il a laissé sa femme et ses deux enfants à Londres.
Gabriel : Emigré français de 23 ans.
Il entend la fusée de détresse et la voit s’élever dans le ciel par les fenêtres du salon. Il ne comprend pas pourquoi on distribue des gilets de sauvetage.
Il demande à un serveur, Charles Cox : « Que se passe-t-il ? »
« Vous devez mettre des gilets de sauvetage et essayer d’aller vers le pont pour aider les passagers à monter dans les canots… »
« Mais je veux monter dans un canot ! »
« Ecouter je ne sais pas allez voir ! »
Il s’avance vers la porte et là l’air est glacial. Il a froid et entend le cri des femmes. Il sort sur le Pont A.
Il souffle de l’air qui se transforme en buée. Ses yeux pleurent tellement le froid est vif. Ses doigts sont rougis. Il frotte nerveusement ses mains. Il avance dans la cohue. Il voit une femme au sol avec son enfant qui pleure.
Il s’approche :
« Que se passe-t-il ? »
« Je suis tombée et je me suis foulée la cheville… pouvez-vous m’aider ? »
Harry tremblant de froid se baisse vers cette femme plutôt élégante mais totalement affolée.
Il la porte et de l’autre bras soulève l’enfant, puis le repose au sol ne sentant plus ses bras paralysés par le froid.
Il recommence. Les gens le bousculent. Il entend un officier crier : « Les femmes et les enfants d’abord ! »
Il s’approche péniblement, tenant de toutes ses forces cette femme qu’il trouve très séduisante. Il arrive prés d’un canot qui n’est pas encore descendu et demande à la dame son nom.
Elle s’appelle Jeanne et il ne veut plus la quitter… Il est tombé amoureux. A cet instant précis, au loin, il entend la musique d’une vieille chanson romantique anglaise jouée par l’orchestre.
Que va-t-il faire ?
Il repose ses deux protégés à côté de lui, tourne son regard un instant et remarque un jeune homme prés des canots.
L’officier continue à donner ses ordres, il doit faire monter au plus vite les femmes et les enfants dans le canot.
Harry demande au jeune homme : « Ne pouvez-vous pas nous aider ? Vous voyez bien que cette femme et cet enfant ont besoin d’aide ? »
« Je m’appelle Gabriel et je suis français… bien sûr que je peux vous aider » répond Gabriel un peu énervé.
« Ne nous énervons pas ! Moi c’est Harry ».
Soudain une fusée de détresse éclate dans le ciel et illumine les visages des passagers et surtout le visage de Jeanne qu’Harry trouve si belle.
« Tenez la corde » dit Harry. « Vous comprenez ? Tenez la corde ! Vous comprenez l’anglais ? »
« Oui ! » crie Gabriel.
Il prend la corde entre ses mains et la tire de toutes ses forces pour qu’elle ne descende pas trop vite.
Harry doit maintenant laisser Jeanne, mais si il la laisse il ne la reverra jamais. Elle monte avec l’enfant dans le canot numéro 6.
Harry pleure de tristesse et de peur car il sait qu’il va mourir.
Harry et Gabriel, pétrifiés de froid voient partir le dernier canot à moitié vide.
Harry n’arrive pas à respirer et sa tristesse se transforme en colère. Il se met à insulter l’officier :
« Pourquoi vous ne m’avez pas laissé monter ! »
Il s’approche nerveusement, le bouscule.
Alors Gabriel intervient et sépare les deux hommes.
« Arrétez ! Vous voyez bien que nous allons tous mourir ! » crie Gabriel dans un mauvais anglais.
Harry se calme. Prostré dans un coin du pont A, il sent le bateau s’enfoncer par l’avant. Gabriel reste prés de lui stoïque.
« Nous pourrions être amis et mourir comme deux gentlemen ».
« Alors oui je veux bien être votre ami et mourir en gentlemen… je n’ai pas besoin d’être en colère, j’ai trouvé l’amour sur ce bateau et je vais mourir le cœur apaisé » dit Harry.
Le bateau penche… Quand soudain, au loin des lumières se font voir. C’est le Carpathia de la Cunard qui arrive avec deux heures d’avance.
On entend dans la nuit des cris de joie monter de tout le paquebot.
Le Titanic est sauvé !
Nous sommes assis sur un nid de serpents.
Pas de pieuvres, de lapins ou d’oiseaux,
mais des serpents bien venimeux.
A chaque pas que nous faisons, au moindre mouvement, le plus petit serpent peut sortir, montrer sa tête et lancer son venin.
A chaque fois que notre souffle remue chaque partie de notre corps,
le nid de serpents bouge.
Il attend
Près à bondir
Un jour l’un d’entre nous réussira à s’échapper.
Le nid de serpents n’existera alors plus.
Car à chaque fois que quelqu’un s’échappe,
le nid de serpents n’a pas atteint son but
Détruire le nous
Détruire la liberté
Et c’est cette victoire qui est la nôtre.
Le marin a le mal de mer
Depuis qu’il est tout petit.
Il ne sait pas nager
Et n’a jamais tenté l’apnée.
Il n’y voit rien, sa vue lui joue des tours.
Un jour il croit voir une baleine,
Et le lendemain une tortue géante.
La nuit les poissons volants lui passent au-dessus de la tête.
Le jour le soleil tape si fort
Que la sueur lui dégouline sur le visage
Comme de l’huile du moteur
De son vieux rafiot.
Le marin a peur.
Il craint d’accoster n’importe où
De peur de rencontrer quelque autochtone mal intentionné.
Il ne connaît que son port,
Celui où il est né
Et où il compte bien mourir.
Il n’a jamais dépassé
Les îles derrière l’horizon.
Il ne sait pas lire les cartes
Des chercheurs de trésors.
Il a juste une veille bague que son grand-père
Lui a donné quand il avait huit ans.
Il sait juste que la regarder
Lui donne des forces,
Et qu’il peut comme cela attraper
Les poissons volants par la seule force
De ses mains et des ses bras.
Il est comme ça si riche
De ce petit festin,
Qu’il rentre tous les soirs
Le déguster seul dans sa tanière.
Il sait qu’un jour
Une sirène apparaîtra
Et qu’elle sera sa femme.
Il sait qu’un jour
Il sera riche à millions,
Mais il aura perdu
Le paradis, le seul, qu’il tient
Tous les jours entres ses mains.
Une araignée a pris le temps de faire sa toile
Elle y a passé des jours
Et en un instant tout s’efface
Le balai balance tout dans les airs
La surface est lisse
La fenêtre est entrouverte
L’air passe et repasse
Délivre la chaleur de la pesanteur du jour et apporte la fraîcheur
Bienvenue
Il n’y avait rien d’autre à faire aujourd’hui...

Par une nuit noire, intense et bleue.
La nuit noire est illuminée par les étoiles et la lune.
Le soleil est parti.
Le ciel par endroit s’obscurcit tellement qu’on pourrait s’y perdre.
L’éclair arrive.
Il est suivi de peu du tonnerre lointain.
L’éclair se multiplie, il prend ses aises dans la rumeur de la nuit.
Il illumine plus fort que les étoiles et la lune réunis.
Rien ne l’arrête.
Le dernier oiseau qui vole ne continuera son chemin qu’après la pluie et l’orage.
En attendant, il se cache dans les maisons, grottes de fortune.
La pluie arrive.
La goutte fine devient pluie abondante, ruissellement des toits et des rues, averse dense dans laquelle personne ne courra sans être mouillé.
Le tonnerre suit de près les nouveaux éclairs, et là le bruit est si fort que cela fait comme une bombe.
Une guerre se trame dans le ciel.
Les hommes se cachent quelque part au sol.
Plusieurs détonations, assourdissantes, qui font trembler les lumières électriques.
La pluie faiblie.
Le tonnerre s’éloigne et les éclairs s’espacent dans le ciel noir.
L’orage est passé.
Il n’a laissé comme traces que quelques flaques d’eau et un mauvais sommeil.
La chaleur étouffante s’est muée en une certaine fraîcheur avant de revenir accabler le corps des hommes le jour suivant.
C’est ainsi que passe l’été.
C’est ainsi que la saison perpétue l’orage, peur d’enfance ou petit frisson.
C’est ainsi qu’il est revenu l’autre soir.
Il était une fois, un homme et une femme, nus comme des vers, vivants au milieu de la forêt.
Ils cueillent les fruits au printemps, les blés en été pour faire du pain et les baies sauvages en automne pour faire des
confitures.
L'hiver venu, la neige recouvre les derniers marrons tombés des arbres et ils commencent à avoir faim.
Nus comme des vers, ils n'ont pas
froid.
L'écureuil roux passant par là, avant d'aller se coucher dans sa maison douillette, leur demande : "Mais vous
n'avez pas froid vous les êtres humains ? Moi, j'ai un chaud pelage,
mais vous vous êtes tout nus !"
"Et bien non écureuil, nous n'avons pas froid, nous avons faim. Nous donneras-tu quelques noisettes ?"
"Non chers humains, Je les ai patiemment ramassées au long des jours bien avant l'hiver. Vous n'aviez qu'à ne pas tout manger
avant l'hiver !"
"Mais nous ne savions pas qu'il y aurait l'hiver après l'automne. Nous ne savions rien."
"Et bien je veux bien vous donner une noisette que vous couperez en deux. Mais à une seule condition : chaque jour de l'hiver
vous construirez un igloo, chercherez du bois et ferez un feu, planterez le peu de noisette que vous n'aurez pas mangé et prononcerez quelques mots, les plus simples."
"Quels mots ?"
Alors l'écureuil s'en va dans sa tanière, leur
rapporte la noisette et leur dit : "Ces quelques mots sont écrits dans votre coeur, en regardant le feu et en vous réchauffant mutuellement, vous les trouverez et ils nourriront vos nuits les
plus froides."
L'homme et la femme repartent, croque une partie de la noisette et font comme l'écureuil a dit.
Le feu jaillit, l'igloo protège et le printemps arrive.
L'homme et la femme ne se sont rien dit mais la chaleur qu'ils se sont donnés, lorsqu'ils ont eu froid pour la première fois,
a remplacé tous les plus beaux mots du monde.
Et la noisette plantée dans le sol a donné le plus bel arbre.