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A l’ombre de ton souffle

Publié le par delps

A l’ombre de ton souffle

Il avait du mal à parler

Sauf lorsqu’il lui parlait.

C’était un jeune homme timide, soucieux de plaire au monde,

Amoureux de cette jeune fille

Fraîche comme une rose.

Sa timidité s’envolait

Sous sa volonté forcenée à lui plaire.

« La femme de sa vie » disait-il.

Et puis un jour elle partit

Si loin qu’il ne pouvait pas la rejoindre.

Désespéré, il se jeta à l’eau,

Traversa le grand bain

Comme il disait ironiquement,

Arriva de l’autre côté

Continua à pied et la retrouva.

Elle avait changé.

Son visage, ses cheveux,

Rien ne correspondait à son souvenir.

Alors las et triste

D’avoir perdu cette image idyllique

De sa bien-aimée,

Il s’enfonça dans la montagne

Et disparu au fond des forêts de mélèzes.

Elle resta là immobile.

Elle regarda le ciel, les étoiles,

La nuit,

Et vieille le rejoignit

Au pays après la vie,

Loin très loin au milieu des forêts.

C’est peut-être là qu’ils se sont retrouvés.

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Les retrouvailles

Publié le par delps

Les retrouvailles

Un jour dans une usine quatre chaises sont fabriquées.

Elles arrivent dans le magasin

Et le vendeur les aligne.

Elles sont belles, rutilantes

Et attendent avec impatience

Le jour où quelqu’un s’assiéra dessus.

Et le jour était venu.

Un jeune couple de passage dans la grande ville

Les avait repérées.

Ils s’approchent intrigués

Par leur allure moderne et

Leur aspect confortable.

La femme s’assoit sur l’une d’entre elles.

Elle soupire de contentement

Posée sur l’assise en skaï et contre le dossier en métal,

« Elles seront parfaites dans la cuisine autour de la grande table », dit-elle.

Le couple les achète.

Le vendeur les livrera dans quelques jours.

Elles arrivent dans la cuisine.

Elles y resteront quarante ans,

A se regarder et à se raconter des histoires de chaises.

Quand un jour le mari meurt,

Sa femme devient folle de chagrin

Et est emmenée dans un hôpital où elle finit par décéder

Quelques mois plus tard.

Les chaises restent dans le grand appartement vide.

Les enfants et les petits-enfants emportent les objets

Mais on décide de ne garder que deux chaises.

Les autres iront à la brocante.

Les deux chaises, comme deux amies indéfectibles

Se serrent l’une contre l’autre.

La petite fille les garde chez elle,

En laisse une pendant quelques années dans une cave,

Et à la suite d’un déménagement,

Les réunie à nouveau autour d’une table toute ronde.

D’autres chaises deviennent leurs amies.

Depuis les conservations vont bon train.

Les deux amies sont réunies.

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Etre un rubik’s cube

Publié le par delps

Etre un rubik’s cube

J’ai l’impression d’être un rubik’s cube

Pas fini, pas mis dans l’ordre,

De trouver une nouvelle couleur

Tous les jours,

De ne pas savoir quelle couleur

Va avec telle autre,

De ne pas trouver la solution

Qu’en bougeant les faces

Une à une

De plus en plus vite.

Et pourtant là c’était presque juste.

Il suffisait d’une ou deux couleurs.

Un jour les couleurs s’harmoniseront

Et chaque face aura une seule et même couleur.

Un jour l’harmonie colorée

Régnera sur ma vie.

En attendant, je tourne autour du grand vide.

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A l’aube du voyage

Publié le par delps

A l’aube du voyage

Le voyage devait déterminer

Qui serait l’élu.

Elu par le peuple

Après des mois de campagne.

A travers le pays

C’est une femme qui était la mieux placée.

L’autre était hautain

Et ne plaisait pas aux foules.

La femme toute fraîche,

Du moins ses idées,

Fut élue facilement.

Et elle changea tout.

Un jour un tremblement de terre secoua le pays.

Les habitants affolés fuyaient

De toute part.

Alors à travers les ondes,

Derrière les micros, elle se mit à bégayer.

Elle ne réussit pas à aligner deux mots.

Elle devint toute rouge

Devant toutes les caméras

Et s’étouffa en direct

Sans avoir rien dit.

Le silence fut assourdissant.

Les survivants se réunirent

Et décidèrent qu’il n’y aurait plus de chef.

Seuls quelques uns seraient désignés

Pour gérer le tout-venant.

Et tous les mois ce conseil serait renouvelé.

Tout le monde oublia la chef.

Elle devint une ombre

A laquelle une poignée d’hommes rendit hommage

Les nuits d’hiver

Dans le cimetière où elle reposait.

C’était sans doute le moment le plus paisible de son règne.

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C’est beaucoup trop long

Publié le par delps

C’est beaucoup trop long

Dit comme ça

Cela n’avait l’air de rien

Un refrain, une rengaine tout au plus

Pourtant ça lui avait fait tilt

Tout d’un coup il savait

Le fin mot de l’histoire

Comment c’était arrivé

Comment cela s’était terminé

L’autre soir malgré

Le très beau coucher de soleil

Il essayait d’oublier

Cette sordide histoire

En sirotant des bières

Une, deux, trois et puis

Tout ce temps à attendre

Il ne savait pas quoi au juste

Alors il rentra chez lui

Alluma la radio

Ecouta deux trois phrases ampoulées

Dites par le présentateur

Puis un air entrainant

Il se mit à danser

Au milieu de sa solitude

Infinie

Mais il n’oubliera pas

Il se le jura

Il s’endormit sur le canapé

Demain il recommencerait à vivre

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Nous marchons parmi la sauvagerie

Publié le par delps

Nous marchons parmi la sauvagerie

Ils étaient habillés de bleu.

Sur leurs lunettes de soleil se reflétaient

L’onde marine bleue elle aussi.

On les avait abandonnés

Là loin du pays d’origine.

Le reste de la troupe était

Partie en guerre bien au-delà des mers.

Leurs vieux chapeaux élimés

Et délavés les cachaient à peine du soleil.

Ils regardaient au large

Mais ne voyaient rien venir.

Ils avaient quelques caisses

Remplies de pain, d’olives

Et un peu d’eau pour chacun.

La guerre était sans doute

Finie depuis longtemps

Mais on ne sait jamais

Il valait mieux garder une arme même pendant la nuit.

Soudain au-dessous de toutes les étoiles

Qui scintillaient fort,

Une explosion se fit entendre,

Puis un bateau gris arriva

Sur le roulis des vagues

Très lent comme dans un rêve.

On venait leur annoncer

Qui était le nouveau chef

Commandant général.

Un haut parleur leur criait « Keep calm ».

Mais rien n’y faisait,

La troupe était nerveuse

Et tout prés de tirer

En direction du bateau.

Puis le général commandant en chef arriva sur un petit bateau

Et dit à la troupe : « Votre seul avenir c’est d’être mes esclaves ».

Alors la troupe en deux trois regards décida

De tuer le commandant général en chef.

Ils prirent le grand bateau

Sur le roulis des vagues

Très lent comme dans un rêve,

Et annoncèrent d’îles en îles

La bonne nouvelle.

Le peuple avait gagné.

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La princesse dans le train

Publié le par delps

La princesse dans le train

Elle venait de très loin.

Elle avait atterri

Là par hasard

Après un très long voyage.

Elle voulait rejoindre

La mer, partir.

C’était la fille du calife

D’une ville bien au-delà des frontières.

Elle avait de longs cheveux

Noirs et la peau mate.

Elle avait appris toutes les langues.

Elle terminait son voyage.

Ce soir elle serait au port.

Là elle verrait

Les bateaux par milliers

Et peut-être en prendra-t-elle un.

Ou peut-être, elle

Tombera amoureuse d’un marin

Au mille tours du monde

Bien décidé à rester dans ce port.

En attendant, elle me

Regardait et je

Voyait dans ses yeux

Une sombre tristesse.

Je descendais du train

Et je me souviens encore

De son nom.

Mais cela est un secret.

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Ils ont peur de la grande tempête

Publié le par delps

Ils ont peur de la grande tempête

Quand ils entendent le bruit des arbres,

Leur simple frémissement,

Ils se cachent dans leurs maisons carrées,

Avec leur esprit carré.

Ils regardent à peine dehors et s’agrippent

A leurs écrans comme à un talisman

Qui par magie leur donnera la solution.

Mais en attendant, ils ont peur de la tempête.

Ils ont peur du souffle qui va faire voler en éclat le toit de leur maison,

Mais surtout leurs certitudes stupides.

Il y a longtemps que plus rien n’est sûr.

Que ce qu’ils ont risque de s’envoler.

Et bien souffle vent !

Seuls ceux qui n’ont pas oublié de vivre

Trouverons un abri sûr au milieu de la tempête.

Quand à toi il ne reste qu’à choisir entre la peur et la vie.

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Un chien à poil long

Publié le par delps

Un chien à poil long

Un jour un chien à poil long vint à douter de la vie.

Que fais-je ici parmi tous ces gens ?

Ces voleurs de plumes, ces roses fanées.

Je suis là mais je pourrais être ailleurs,

Bien mieux loti,

Bien mieux choyé,

Avec une soupe tous les jours de mauvais temps,

Avec assez de sommeil et des réveils enthousiastes.

Voilà mon doux rêve.

Alors le soir venu, je suis parti sur les routes.

Jamais je ne me retournais.

J’atteignis l’autre côté du monde.

Je traversais des forêts,

Mais rien ne me satisfaisait.

Alors je revins vers mon maître, couché à ses pieds.

Je reniflais les derniers rayons du soleil d’été,

Et plus jamais je n’ai trouvé mieux que tout cela.

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Ne t’endors pas

Publié le par delps

Ne t’endors pas

Ne t’endors pas

Reste éveillé

Ouvre les yeux

A chaque fois qu’il y a de la lumière

Comme des poussières d’étoiles

Dans le ciel

Car il est bleu ce jour

Et deviendra gris opale

Le deuxième jour

Alors au milieu des nuages

A l’aplomb du vide

Tu verras apparaître

Ce que tu cherchais déjà

Bien avant la naissance du monde

C’est là, ombre grossière

Immaculée, grise

La vérité nue

Celle qui te rendras plus fort

Celle qui te dépassera bientôt

Celle que tu cherchais

Sans le savoir

Savoure cette vérité

Dévore-la

C’est cette nourriture

Qui te guidera dorénavant

Avant l’incertitude

Vas-y vite avant le mot fin.

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